Le blues du temps qui passe

J’ai le blues du temps qui passe et qui ne revient plus. Ça me fait souffrir. Quand j’étais enfant, mon souhait le plus fort était d’être immortelle. Pour aimer les gens, pour aimer la vie le plus longtemps possible. Je savais mon amour assez fort pour faire mille fois le tour de la voie lactée.

Je suis encore cet enfant et ce souhait ne m’a jamais quitté.
J’ai donc le blues du temps qui passe et qui ne revient pas.

Parfois, un vide glacial me transperce. L’impression que toute la chaleur des gens qui m’aiment me quitte. Ces quelques secondes sont atroces. Je me sens alors mortelle, très mortelle.

…Je me sens toujours plus près des gens lorsqu’ils dorment. Leur beauté et leur silence me sont terriblement touchants. S’ils savaient tout ce que je leur ai dit pendant leur sommeil! Je sais bien que je ne serais capable de tant de vulnérabilité à leur éveil.

J’aimerais retrouver ces temps endormis auprès de mes parents, la nuit, lorsque je faisais de l’insomnie à trop regarder les étoiles. Je ne sais pas ce que je leur dirais aujourd’hui… Je leur dirai probablement sur leur tombe, lorsque je me coucherai à nouveau à leurs cotés.

Lorsque je serai vieille, assez vieille pour ne vivre que dans le passé, et que je penserai à la jeunesse de mes enfants, je sais que mon cœur se tordra de douleurs. Tous ces beaux moments, vivant que dans ces bulles de souvenirs, me feront dire que c’était ça, mon paradis.

J’ai le blues du temps qui passe et ça me fait souffrir.

Le régime paléo, à l’image du premier piège de l’évolution.

Je ne sais pas pour vous mais moi j’entends souvent parler du régime alimentaire «paléo». On en parle comme étant le mode de vie de nos ancêtres donc comme étant le mode de vie naturel à notre espèce puisque l’époque paléolithique eut lieu avant l’avènement de l’agriculture. Moi aussi, ça m’a enthousiasmé lorsque j’en ai entendu parler pour la première fois. Pour moi, ça signifiait nécessairement de la nourriture crue, beaucoup de fruits et légumes et peu de viande. Ça collait bien à mon image d’une alimentation saine, j’ai donc adopté rapidement l’idée que ce régime était viable et bénéfique pour notre santé.

Au contraire, le régime «paléo» signifie manger beaucoup de viande, énormément de viande (des menus proposent de la viande à chaque repas!)! Pourquoi donc? ll me semblait que l’humain ait évolué pendant des millions d’années en chassant un volume plutôt restreint d’animaux. Effectivement, c’est que le régime «paléo» fait essentiellement référence à la période du Paléolithique supérieur. C’est une période qui se situe entre 35 000 et 10 000 ans avant le présent (la plus brève des trois divisions de l’âge de la pierre). C’est une période d’excès et de luxe alimentaire.

Selon l’historien Ronald Wright, les gens du Paléolithique étaient beaucoup mieux équipés que leurs prédécesseurs et ils tuaient sur une bien plus grande échelle.

«Au Paléolithique, la chasse était le gagne-pain général et se pratiquaient dans des milieux ultra-riches, sur une terre qui semblait sans bornes. Nous devons déduire de l’ampleur des restes qu’elle se pratiquait avec l’optimisme de l’insouciant, toujours convaincu qu’une autre belle prise l’attend au détour de la prochaine colline. Dans les dernières extinctions massives, qui sont aussi les mieux documentées, il n’y a pas l’ombre d’un doute que la population est à blâmer. Le biologiste australien Tim Flannery a appelé les êtres humains des «mangeurs d’avenir».

Donc, l’une des choses qu’il faut savoir à notre sujet est que la période du Paléolithique supérieur, qui peut fort bien avoir commencé par un génocide, a fini par un barbecue à volonté de gibier abattu. Le perfectionnement de la chasse a mis fin à la chasse comme mode de vie. La viande en abondance permettait d’avoir plus d’enfants. Avec plus d’enfants on avait plus de chasseurs, mais tôt ou tard, un surplus de chasseurs signifiait une carence de gibier. La plupart des grandes migrations dans le monde à cette époque ont sans doute été provoquées par la nécessité, à mesure que nous épuisions les ressources dans nos festins nomades.

(…) Les chasseurs à la fin de l’âge de pierre n’étaient certainement pas maladroits, mais ils étaient incompétents parce qu’ils ont enfreint la règle que tout bon parasite doit observer: Ne pas tuer son hôte. Alors qu’ils poussaient espèce après espèce à l’extinction, ils sont tombés dans le premier piège de l’évolution.»  Ronald Wright, Une brève histoire du progrès, p.58-59.

Selon un éditorial paru en 2000 dans le American Journal of Clinical Nutrition, «la diète paléolithique proposée par Loren Cordain ne correspondrait pas à ce que mangeaient tous nos ancêtres de cette époque. Il semble en effet que certains étaient plus herbivores que carnivores. La chasse aurait été prédominante seulement dans les populations vivant en haute altitude. De plus, nos ancêtres, en comparaison avec nous, n’avaient pas la liberté de choisir ce qu’ils mangeaient. Ils prenaient ce qui était disponible et ceci variait énormément d’un endroit à l’autre et d’un moment à l’autre de l’année. Aussi, le fait que les chasseurs-cueilleurs menaient une vie très exigeante sur le plan de la dépense d’énergie et que la plupart des aliments sauvages ont une densité énergétique faible a probablement joué un rôle crucial dans la faible incidence des maladies de civilisation chez ce type de population.

En ce qui concerne les allégations quant aux bienfaits des fruits, des légumes et des oméga-3 contenus dans la diète paléolithique, elles sont reconnues et démontrées scientifiquement. » http://www.passeportsante.net/fr/Nutrition/Regimes/Fiche.aspx?doc=paleolithique_regime

Considérant cela, il semble présomptueux de définir le régime «paléo» comme étant le mode d’alimentation naturel de l’Homme. Certes, la chasse fait certainement partie de nos habitudes ancestrales mais une telle quantité de viande semble seulement propre à la période du Paléolithique supérieur et ensuite, beaucoup plus tard et celle que l’on connait encore aujourd’hui, à la période de l’élevage des animaux.

Je ne sais pas pour vous mais de constater que de telles parties de chasse ont mené à de si nombreuses extinctions, et à presque celle de ces groupes d’hommes également, ne m’indique rien de souhaitable. C’est justement en se démerdant de ce bourbier que les cueilleurs ont commencé à expérimenter avec les plantes et leurs graines. C’est cela qui a mené, sur une très longue période, à l’apparition de l’agriculture.

L’élevage nous permet aujourd’hui de ne pas provoquer l’extinction des animaux qui nous nourrissent principalement. Cependant, l’élevage, surtout industriel (puisque nous sommes désormais très populeux et que nous consommons de la viande en quantité industrielle) est l’une des causes les plus importantes de pollution de notre planète. (http://www.huffingtonpost.fr/2013/04/05/la-verite-sur-la-viande-elevage-industriel-attention-danger_n_3018870.html)

La gravité et les proportions de telles sources de pollution nous propulsent dans un sérieux pétrin et cela de façon beaucoup plus définitive.

Tirez-en vos conclusions. Même sans risque d’extinction, une telle consommation de viande n’a rien de plus souhaitable.

Bien que le régime «paléo» possède des principes de nutrition certainement bénéfiques pour la santé, telle qu’une grande consommation de fruits et légumes et l’abstention complète de produits laitiers, le fait d’induire autant de sources animales au menu ne correspond certainement pas au menu typique de l’homme de l’âge de la pierre. Pour cette raison, il est exagéré de prétendre que c’est l’alimentation qui nous est la mieux adaptée.

[Ce billet vise uniquement à mettre en perspective plusieurs énoncés couramment entendus à propos du régime «paléo».]

Les baisers immortels

Je colle mes lèvres sur ta peau douce.
Je te respire. J’ouvre grand mes poumons.
L’odeur de ton corps envahit le mien.

Ce baiser est immortel.
Contre toi, le temps n’existe pas.
Nous y sommes encore, là, dans ce moment.
Nous y serons encore dans 1000 ans.

Ma silhouette dans la lumière.
Je m’élance et je te lève.
Ton regard, innocent, s’éveille.
Sur ta peau, je pose mes lèvres.

Ce baiser est immortel.

Comment Gustave est entré dans ce monde

S’il y a bien quelque chose de difficile à écrire, je trouve, c’est bien le récit de son accouchement. Trop d’émotions, trop d’abstraction du temps, trop d’intensité, trop tout. Pour que ce soit moindrement compréhensible, je crois que je vais m’y prendre de façon chronologique, même si je n’ai aucunement vu le temps défiler.

Je tape présentement d’une seule main. Un petit Gustave de 12 jours se trouvant dans le creux de mon bras gauche.

Le 16 décembre dernier au matin, j’ai rendez-vous avec ma sage-femme. J’en suis alors à 40 semaines et 4 jours et on commence tranquillement à prévoir une intervention si bébé n’est pas sorti à 42 semaines + 1. À la fin du rendez-vous, je lui lance  »on va peut-être se voir demain ou après-demain ». Je n’en suis pas du tout certaine mais je me plais à imaginer que c’est pour très bientôt.

Le soir même, alors que je prouve à tous mes amis Facebook que je n’ai pas de vie, je termine le 85ième tableau de Candy Crush Saga. Il y a déjà un bon moment que j’ai des contractions régulières aux 9 minutes. Elles sont inconfortables, plus que d’habitude. Vers 21 heures, j’appelle mon chum à son travail. Il termine qu’à 22h30. Cependant, suite à mon propos sur mes contractions, sa collègue l’oblige à partir. Sage décision qu’aucun de nous deux avons su prendre à ce moment.

En effet, à son arrivée, je lui demande de me faire couler un bain. Je suis curieuse de savoir si les contractions vont s’arrêter ou s’amplifier. Elles deviennent plutôt irrégulières, à une fréquence beaucoup plus rapide. Elles se stabilisent ensuite et gardent le rythme des 6 minutes. Il est maintenant 23h30. Je décide de téléphoner à ma sage-femme.  Elle souhaite se rendre chez moi pour m’évaluer. Je ne veux pas la déranger inutilement. Constatant mon refus, elle me propose alors de la rappeler lorsque les contractions seront à un intervalle moindre que 5 minutes accompagné de contractions d’une durée d’environ 1 minute.

Une heure trente, c’est l’heure à laquelle je lui téléphone à nouveau. J’ai mal et mes contractions sont désormais aux 5 minutes. Direction Maison de naissance pour elle, Francis et moi. On réveille la petite de 5 ans. Toute énervée, elle jacasse sans arrêt. J’essaie d’entrer dans ma bulle lors des contractions car elles sont réellement présentes. Tout le monde dans l’auto, on démarre. En chemin, je constate que mes contractions sont aux 3 minutes et demi. Je souffre à chaque bosse sur la route. Ça m’apprendra à trop attendre avant de me prendre au sérieux. Le trajet de 30 minutes est pénible.

Mon père nous attend dans le stationnement. J’embrasse la grande. Il part avec. La sage-femme et son étudiante nous accueillent. Nous sommes seuls dans la Maison. Tout est calme, tamisé. Elles me font couler un bon bain chaud. Super. C’était mon fantasme tout le long du trajet. La chambre est magnifique et chaleureuse. Je m’y sens comme dans un cocon. Mon chum place mon disque de musique préparé pour l’accouchement dans le lecteur. Ça y est, je suis prête à me laisser aller.

Je relaxe…mais rapidement, une envie de restituer ma banane me secoue. Ma sage-femme me dit sur un ton joyeux que lorsque je vomis, elle sourit. Elle est marrante celle-là. Je l’aime bien, ma sage-femme. Autrement dit, ça voulait dire que mon travail s’intensifiait et que c’était très bon signe. Je continue de relaxer. Je m’endors entre les contractions. Elles sont pourtant à toutes les minutes.

Soudain, j’ai chaud. Trop chaud. Je sors du bain en vitesse. Ma sage-femme me propose des positions sur le lit. Woah, c’est drôlement douloureux. Je comprends rapidement que cette douleur est en fait une envie de pousser. Alors je pousse. J’étais restée plutôt silencieuse jusqu’à ce moment mais la poussée m’a transformé en mammalienne décomplexée. J’ai poussé. Purée que j’ai poussé. J’imaginais ma face mauve avec des vaisseaux sanguins explosant de partout, digne d’une illustration de Ren & Stimpy. Mon chum dit que j’avais plutôt l’allure d’une poule caquetant le plus énorme de ses œufs. Belles références.

Je pousse mais j’ai l’impression que rien n’avance. C’est qu’en fait, bébé est en postérieur avec un angle d’arrivée non-négligeable. Malgré mes fortes poussées, il a de la difficulté à faire sa place dans le col. Voilà plus d’une heure que je force. On essaie encore plusieurs positions pour tenter de déplacer bébé dans mon ventre et le faire passer ainsi plus facilement. Presqu’une heure de plus s’écoule. Il est 6h30 du matin. Je tente à nouveau le bain, au moins pour faire diminuer la douleur. Ça fait presque 2 heures que je pousse et je dois recharger ma batterie.

En effet, ça fait du bien mais la chaleur me rend paresseuse et mes poussées sont moins efficaces. A 7h00, ma sage-femme me conseille fortement de sortir du bain pour aller m’asseoir sur la lunette de toilette. Ça me semble alors saugrenue comme idée mais elle réitère:  » L’important, à ce stade-ci, c’est pas des poussées confortables mais des positions efficaces. » Je vais donc  »su le bol ».

L’effet est immédiat. Je sens enfin la tête de bébé passer à travers le col. C’est l’anneau de feu, qu’on appelle. Mais je suis tellement contente que je me fous de la douleur. Elle achève! Quelques poussées et je sens vraiment bébé descendre. C’est formidable de si bien sentir le processus. La sage-femme me demande alors de toucher pour voir si je sens sa tête. Oh que oui que je la touche, elle est tout près. Elle me demande de me lever pour aller donner la dernière poussée sur le siège d’accouchement. Les autres sages-femmes arrivent en vitesse. Pop! La tête sort. Un autre petit coup et voilà que c’est mon chum qui tient bébé dans ses mains. On le pose ensuite sur moi. Bonheur et merveille!!! Je rencontre enfin mon bébé! S’t’un ti-gars! que j’ai crié. Wow, je plane sous l’effet des hormones et l’extrême beauté du moment. Les larmes de papa me coulent dessus. Big time!

Devinez qui a donné la tétée? Papa! En peau-à-peau pendant que j’expulsais mon placenta, bébé a fait son travail de bébé et papa s’est laissé faire🙂

Merci à mon chum qui a été un véritable pilier émotionnel et physique, en me servant d’appui pour chaque poussée. J’ai cru te faire mal à plusieurs reprises tellement je te serrais fort. Ma reconnaissance t’est éternelle😉

Merci à Dasha et Clara, deux sage-femmes extraordinaires. Votre respect et votre douceur ont été des apports précieux pour mon bien-être. Je n’ai pas eu peur une seule seconde. Je me suis sentie en confiance.

Merci à la Maison de naissance de la Capitale-Nationale pour ce confort hors-normes. Je me suis cru dans un hôtel 5 étoiles.

N.B J’ai refusé les touchers vaginaux. Pas une seule fois j’ai su à combien mon col était dilaté. Je m’en foutais, je voulais pas savoir. Je n’en avais pas envie. Merci à la pratique sage-femme d’accepter ces refus sans y contraindre la femme qui accouche. Merci pour toute cette liberté que vous m’avez laissé. J’ai accouché toute seule mais bien entourée🙂

Je termine ce billet avec l’écoute de deux pièces présentes sur mon CD préparé pour l’accouchement. Elles sont splendides.

et

Jour après jour, jusqu’à la mort.

Je ne sais si c’est de l’anxiété ou simplement une conscience exacerbée de certaines parts de l’existence. Ce n’est pas de la peur, enfin, je ne crois pas. Qu’une fascination profonde pour une réalité dont j’ai été jusqu’à ce jour épargnée. Mais je l’observe et l’appréhende depuis tant d’années qu’elle a intégré (ou désintégré) ma perception et mes actions, même si je n’ose pas trop me l’avouer.

C’est une inertie devant la possibilité du drame, de l’horreur, d’une peine tordant les tripes. Et le courage de l’affronter chaque jour, dans mon imaginaire, mais sachant bien qu’elle risque de surgir à tout moment, dans le réel. C’est ce qui la rend si puissante.

Et il y a la musique, qui sublime toutes mes pensées. Les extériorisant pour mieux les internaliser. Qui rassemble ces petites formes éclatées, constantes et en mouvement, de mes rêves éveillés, rendus non possibles par l’ardeur du quotidien. Elle fait du bien, en tout cas. Elle rend l’essence de la vie plus perceptible. C’est sans doute pour cela que je m’en saoule.

La mort nous définit. Mais j’ai parfois l’impression qu’elle me définit un peu plus que d’autres. Sentiment personnel peut-être généralisé.
Pourtant, je ne me bat pas pour ma survie. Je ne manque de rien. Je suis bien entourée, bien en santé. Alors pourquoi, j’y pense autant?

Ce ne sont que des sentiments. Ils vont passer.

Non.

Je veux vieillir.

Récemment, j’ai trouvé dans mes boites la deuxième saison de la série télévisée Nip Tuck. Dans mes temps libres, j’écoute les épisodes. Il y a un fait marquant qui se dégage de cette deuxième saison: tous les personnages, ou presque, évoquent la peur de la vieillesse. Ils ne font pas qu’en parler, ils la vivent
profondément, en tentant de changer leur vie ou encore en s’injectant du botox, suite à la vue de leur  »triste » reflet dans la glace. Ils sont tous obsédés par leur image et par leur jeunesse en fuite. Leurs manifestations pathétiques font pourtant partie d’un pan de notre société, d’individus angoissés à l’idée de ne plus être désirables. Leur peur étant fondée sur des critères intransigeants, exacerbés par les magazines et les publicités.

Étant à la veille de ma trentaine, ce serait un mensonge de dire que je n’y pense pas, moi aussi. Après tout, je serai bientôt à l’âge idéal pour commencer les injections de toxines botuliques. J’y pense mais je ne veux pas subir. N’est-ce pas se contempler dans un mensonge? Ressentir que l’on est vieux mais montrer que l’on est jeune? 

Dernièrement, un ami à moi me rappelait la charmante fatalité qu’un homme qui vieillit prend de la valeur, qu’il se bonifie, alors que la femme en perd, qu’elle subit un déficit d’intérêt. À mon sens, tout être humain prend de la valeur lorsqu’il acquiert de l’expérience et de la sagesse. Dire qu’une femme perd de sa valeur en vieillissant, c’est la considérer que du seul axe sexuel. De ce point de vue, une femme ménopausée n’a plus d’ovules, ce qui ne la rend plus  »baisable ». Sa peau est flétrie, les marques de la vie plus évidentes. C’est pas excitant ça, les marques du temps. En fait oui, seulement si elles sont sur un corps masculin. Cela vous semble injuste? Ça l’est…pas tant que ça. Tout le monde vieillit, tout le monde flétrit, tout le monde perd ses capacités, tout le monde meurt. Les hommes n’ont qu’un petit sursis à leurs illusions.

Si je me cadre dans la société et que je n’en fais que ma seule référence, il est évident que tout cela est angoissant. Mais la vie, c’est bien plus que notre simple espèce narcissique. Il y a une autre perspective qui m’excite bien plus, qui est beaucoup plus vaste et réelle. Je ne sais pas pour vous, mais je me considère extrêmement chanceuse d’être vivante, là, présentement, devant mon ordinateur à écrire ces lignes. Pendant plus de 4 milliard d’années, la terre fût dénuée de vie. Les premières formes primitives fût des tapis microbiens logés dans les fonds marins. 3,4 milliards d’années plus tard, après une longue évolution périlleuse, je suis là, avec vous. Sur une toute petite planète bleue, dans une voie lactée, perdue dans un univers aux allures infinies. Chaque jour, j’ai la possibilité d’aller marcher et de sentir le vent sur mon visage, de contempler tous ces éléments vivants se préparant à émerger de leur préexistence depuis des millions d’années. Je trouve tout cela extraordinaire. Et constatant que toute forme de vie n’a pas ma chance d’être dotée de mes sens, de ma conscience, de ma longévité (certaines espèces ne vivent que quelques heures) et que tous les jours, d’autres humains, parfois très jeunes, trouvent la mort de façon tragique, je me réjouie d’être là, à travers le temps, et de vieillir.

Vieillir, c’est toute une chance. Je veux vieillir!

 

Où va le temps?

De partout je regarde, je vois au loin les arbres. Un ciel gris s’étend. Parfois, un oiseau fend l’air avec vélocité. Je suis là, sans rien attendre. Comme cette forêt qui traverse le temps.

Lorsque je suis devant de grands espaces, ils continuent en moi, ouvrant des clairières, des champs, des océans. Balayant instantanément ce qui s’est accumulé, et qui me perturbe invariablement.

Cela me ramène à des espaces vierges, à un vide bienfaisant.

Je ne suis qu’un élément de la nature. Qui prend vie et meurs, avec force et vulnérabilité.

Un jour, je n’aurai jamais existé. Comme tous les gens que j’ai aimé.

J’ai besoin de m’en rappeler.

En Occident, quelles ont été les causes du déclin de l’allaitement maternel?

Note: Je publie ici un texte que j’ai rédigé dans le cadre du cours Rédaction et documentation en sciences sociales, de l’UQAM. Il n’est pas parfait. Néanmoins, j’ai obtenu une excellente note. Mes points perdus ont été pour l’absence de paragraphes de transition. Ce qui est tout à fait vrai. Bonne lecture!

L’allaitement existe depuis les prémisses de l’humanité, et même avant, chez tous les autres mammifères. Pendant des millénaires, la mère allaita son petit, jusqu’au sevrage naturel. C’est encore le cas dans plusieurs régions du globe. Cependant, depuis un peu plus de 100 ans, l’Occident fait figure d’exception. Quelles en sont les raisons?

Comment les Occidentaux en sont venus à dévaloriser l’allaitement, pourtant porteur de la survie de leur propre espèce? Il est très récent, sur une échelle temporelle, qu’une partie de l’humanité ne considère plus indispensable le lait maternel. Quels ont été les facteurs de ce changement de cap? Finalement, quelles sont les causes du déclin de l’allaitement au 20ième siècle, en Occident?

Pour bien comprendre ce phénomène, il est essentiel de situer la pratique de l’allaitement dans un contexte historique allant du 18ième siècle jusqu’à aujourd’hui. L’apparition de la puériculture ayant été très influente, elle constitue le point de départ des autres causes connexes, telles la modernité, le marketing d’une société de consommation, le féminisme et l’avènement massif des femmes sur le marché du travail. À travers l’exposition de ces faits, les réponses aux questions ci-hauts deviennent très claires. Évidemment, l’allaitement étant un sujet très complexe, il est impossible de répertorier, dans un seul travail, tous les facteurs l’ayant affecté.

1.0 L’APPARITION DE LA PUÉRICULTURE FAIT DISPARAITRE LE SAVOIR ANCIENNEMENT ÉTABLI

Selon les recherches historiques d’Ariès, le sentiment de l’enfance n’est apparu qu’à la fin du 18ième siècle. Avant cela, les enfants n’étaient pas traités de façon particulière. Ils étaient considérés comme de véritables petits adultes, gravitant autour des grands et participant à leurs tâches. Le but premier étant de préparer l’enfant à l’âge adulte, disposer les petits êtres dans une classe spécifique n’aurait fait que retarder leur développement. Ce constat était si clair qu’il apparaissait impossible, aux gens du Moyen-Âge, qu’il puisse en être autrement. C’est avec l’apparition des phénomènes tels que la généralisation de l’école, le contrôle des naissances et la baisse de fécondité que l’enfant et sa condition furent vus sous l’éclairage des Lumières. Les enfants ont, au fur et à mesure, été placés dans une classe à part d’individus. C’est à cette époque qu’ont émergé la puériculture et la pédagogie.

Les écoles qui, autrefois, proposaient des formations non obligatoires à des individus de tout âge sont devenues un passage uniforme et requis pour chaque enfant qui avait la chance d’aspirer à un avenir socialement convenable. Ce souci pour le développement de ces petits êtres gagna également les parents de jeunes enfants et même des bébés. Une idéologie de l’enfance est alors née.
Cette idéologie, accompagnée d’une psychologie cohérente, se développa au cours des siècles. Plus récemment, l’apparition des découvertes scientifiques et des procédés industriels venues influencer massivement cette idéologie au cours du 20ième siècle.

1.1 La diffusion idéologique de la puériculture moderne

Cette idéologie de l’enfance fût adoptée et entretenue par les institutions, considérées plus aptes à prendre en charge le sain développement des enfants. Nul doute que, le plein essor des sciences, les techniques élaborées par les spécialistes, les publications s’adressant aux parents, eurent toutes comme effets de déconnecter ces derniers de leur instinct et des pratiques naturelles du maternage dont fait partie l’allaitement.
À l’ère de la société industrielle dans lesquels ils évoluaient, les parents se mirent à appliquer des procédés et des acquis techniques sur leur progéniture, emprisonnée dans un mode de production. La mère prenant alors le statut du travailleur, et son enfant, celui de l’objet produit.

La puériculture étant un excellent moyen de transmission de cette idéologie de l’enfance, rien ne fut laissé au hasard. Les conseils ne furent désormais plus suivis uniquement de façon volontaire, ils devinrent règlements et puis, étendus à grande échelle, se transformèrent en véritables dogmes de l’enfance.

1.1.1 La nouvelle vérité du discours scientifique

En 1930, l’institutionnalisation de la médecine et le groupement du corps médical formèrent une nouvelle et unique voix. L’enfance moderne n’appartenait plus qu’à la famille. Elle devint régularisée par d’autres instances sociales. Le discours scientifique, construit par un raisonnement rigoureux et vérifié par l’expérience, occupait un poids social défiant tout autre discours. L’idéologie n’en fût que renforcée.

L’on dit que la vérité scientifique, pour mériter ce nom, ne doit pas dépendre d’une idéologie. Mais l’effet de la nouveauté et l’engouement pour les découvertes médicales entraînèrent peu d’égards à ce sujet. Les parents furent aveuglés, peu conscients de cette manipulation, « pour le bien » de leurs enfants.

1.1.2 Les avis des spécialistes

En l’absence d’une opposition réelle, le consensus des médecins et spécialistes est celui auquel l’on accorde la primauté de regard sur les soins des enfants. Et malgré les indéniables progrès qu’a apporté la médecine moderne, les spécialistes de l’enfance l’ont adopté d’une manière totalisante, laissant peu de jeu aux véritables prodigueurs de soins, les parents. Ceux-ci, se retrouvant face aux perpétuels changements apportés par les découvertes scientifiques, se sentirent de plus en plus confus et s’abandonnèrent complètement entre les mains des pédagogues.

1.2 L’évolution de la puériculture

Depuis les premiers peuples primitifs, les manœuvres envers les bébés ont toujours eu comme but d’en prendre soin et de leur éviter dangers et mort. Ce fût un savoir longuement bâti et transmis de générations en générations, de façon traditionnelle, jusqu’à 1865. En effet, c’est à partir de cette décennie que la puériculture se trouva un nom officiel et qu’elle se transmit, non pas de bouche à oreille, mais à l’aide de livres, basés sur des connaissances théoriques et des règles pratiques. L’art d’élever hygiéniquement et physiologiquement les enfants devenu le principal moyen de transformer les manières de vivre de toute une société.

1.2.1 L’oubli du passé

La culture traditionnelle a été délaissée au profit de la culture moderne, uniformisée et de moins en moins à l’écoute de nos origines. Il y a eu une véritable discontinuité du savoir transmis entre mère et fille, celui des premières étant jugés comme désuet . Cette rupture permit au modernisme de prendre toute son ampleur et de dicter les nouveaux préceptes relatifs aux soins des jeunes enfants. Les effets sur l’allaitement ont été directs.

1.2.2 La nature, désormais un concept culturel

Selon Serge Carfantan, philosophe français, la nature fût conceptualisée suite à l’époque moderne, menant à une réelle dénaturation de l’espère humaine et contribuant de ce fait au déclin de la fonction biologique de l’allaitement. Ses propos expriment très bien les effets qu’a eu la suprématie scientifique, alliée à une puériculture consumériste, sur les populations occidentales :

«L’homme dénaturé signifie un homme coupé de la Nature et ligoté dans la culture qu’il s’est créée. L’homme dénaturé, c’est l’homme déchiré entre toutes sortes de dualités. L’homme dénaturé, c’est aussi l’individu-objet du système de la consommation, objet des processus de l’économie. La dénaturation c’est aussi un homme déraciné, des cultures qui disparaissent au profit de l’effet de laminoir de la culture postmoderne de la consommation de masse. Après avoir appris que l’homme est un être de culture, nous devrons donc réapprendre qu’il fait avant tout partie de la Nature. L’idée de Nature n’est donc pas une idée parmi d’autres. Elle détermine de part en part la conception que nous avons de notre existence. Le naturel n’est pas lié à un simple effet de mode. La Nature n’est pas elle-même un concept culturel.» (Philosophie et spiritualité, 2002, Serge Carfantan)

1.3 Des restrictions néfastes pour l’allaitement

L’allaitement se vit au rythme de la vie, c’est-à-dire librement et selon les besoins. Mais lorsque la vie devient de plus en plus chronométrée et régie par les autorités, il en est de même pour lui. C’est ainsi que la puériculture, très réglementée à cette époque, eut des effets très néfastes sur l’allaitement. Plus précisément, pendant plus de 70 ans, la majorité des auteurs de puériculture ont été en faveur d’une diète absolue pour le nourrisson, c’est-à-dire le jeûne pendant les premières 24 à 48 heures, et un peu d’eau sucrée si le bébé se plaignait trop .

Peu d’auteurs connaissaient les immenses bienfaits du colostrum et son utilité pour l’établissement de l’allaitement chez la mère. Seuls quelques médecins préconisaient l’allaitement dès les premières heures de vie. C’est le Dr Kreisler qui donna le véritable coup d’envoi à la tétée dès le premier jour. Les études qui s’en suivirent démontrèrent qu’il était en effet dangereux de laisser un nourrisson sans nourriture pendant plus de 24 heures. Cette absence de lait n’était pas qu’une abstinence inutile mais aussi un frein majeur au déclenchement rapide de la sécrétion lactée.

1.3.1 La distance imposée entre la mère et son bébé

Dès la naissance, jusqu’à récemment, le bébé était déposé dans une pouponnière loin des bras de sa mère. Et ce, jusqu’à la sortie de la maternité. La mère devait se reposer. Le bébé était donc nourri avec de l’eau sucrée les premiers jours et avec un biberon ou des tétés calculées ensuite. Les répercussions sur l’allaitement allaient de la mise difficile au sein à une montée de lait retardée ou insuffisante.

De plus, la distance imposée continuait au retour à la maison. La mère devait en très peu de cas tenir son bébé dans ses bras et encore moins le bercer . Ce manque de rapprochement n’avait rien de naturel et diminuait de façon brutale les contacts nécessaires entre le bébé et sa mère pour entretenir un lien d’attachement sain pour le développement de leur relation. Chez toutes les espèces mammifères et dans toutes cultures humaines, la proximité entre la mère et son petit a toujours été un facteur biologique essentiel à l’allaitement.

1.3.2 Les horaires dénaturés

À cette distance physique et émotionnelle s’ajoutait un horaire d’alimentation très stricte. Tout devait se faire selon des cycles. Un cycle de quatre heures au début du siècle et ensuite un cycle de trois heures dans la seconde partie du 20ième siècle. Un bébé ne pouvait être nourri entre ces intervalles. Qu’il pleure, qu’il crie, les parents ne devaient en aucun cas tenter de le satisfaire avec du lait supplémentaire. Cela risquait de nuire à sa digestion et son équilibre corporel, ni plus ni moins. Or, pour que la femme puisse entretenir une production lactée pouvant satisfaire les besoins nutritionnels de son enfant, ses glandes lactifères doivent être stimulées de façon répétée.

De plus, le nombre de temps des tétées était également réglé à la minute près. Pas plus de 15 minutes sur chaque sein. Un extrait du roman Le groupe, paru en 1963, montre bien la torture infligée aux bébés de cette époque :

« Il vagissait avec énergie. Sa prochaine tétée ne serait qu’à six heures (…) L’infirmière pourrait quand même l’amener, il est six heures moins le quart. (…) [La mère donne finalement la tétée] Elle changea de position et regarda sa montre. Il avait tété sept minutes au lieu d’un quart d’heure. La prochaine tétée ne serait qu’à dix heures (…) quand son réveil se produisait entre deux tétées, les infirmières le laissent pleurer pendant une heure, puis elles lui donnaient son eau (…) les docteurs disaient que pleurer ne fait aucun mal aux enfants.» (Didier Lett. Marie-France Moret (2006). Une histoire de l’allaitement, Paris, Éditions de La Martinière)

C’est de ces pratiques dénaturées que provient ce fameux manque de lait dont plusieurs femmes se sont plaintes. Ce cycle de trois heures continue d’être maintenu encore de nos jours, avec l’alimentation artificielle.

1.3.3 Laisser pleurer la nuit

Le seul moyen au bébé d’exprimer ses besoins est de pleurer. Alors même qu’il n’était âgé de quelques semaines, le bébé était laissé à lui-même durant la nuit. Comme si la parentalité s’éteignait en même temps que la lumière de la chambre. Il était fortement déconseillé aux parents de nourrir leur bébé la nuit. C’était là, selon nos spécialistes, une bien mauvaise habitude qui consistait à répondre à des caprices. S’ils devaient se résoudre à le faire, ce ne serait qu’une tétée offerte durant la nuit. Cet espacement des tétées durant les premières semaines ne réglait en rien ce problème de sous-stimulation des seins déjà présent le jour. Il n’en fallait pas plus que pour la majorité des mères se plaignent d’un allaitement difficile après quelques temps. La parentalité n’avait définitivement plus rien de spontané…

1.3.4 Le sevrage

C’est sur le plan temporel que le sevrage a subi le plus de modifications. Les mêmes raisons sont évoquées au cours des décennies du 20ième siècle, mais à des âges très différents. Par exemple, en 1937, le sevrage de l’allaitement exclusif est souhaitable à huit mois alors qu’il en est à quatre mois en 1965. Ce même sevrage doit s’échelonner sur une période de trois mois en 1956 et pas plus de huit jours en 1978.

Il y a certes là un désir de précocité qui se dégage de ces changements de plus en plus « diminutifs », mais aussi une rigidité selon laquelle il vaut mieux ne pas dépasser cette période limite. De plus, comme dans les autres aspects de la puériculture, plusieurs informations sont contradictoires au travers les années.

2.0 LE MARKETING AU DIAPASON DES AVANCÉES SCIENTIFIQUES

Alors que l’industrialisation de la société était en plein essor, toute fonction humaine était sujette à être remplacée. Dès qu’une avancé scientifique et/ou technologique l’a permis, l’humain fût remplacé par la machine. Ces découvertes furent financées au nom du progrès, pour être ensuite commercialisées et rendues indispensables. Ce phénomène n’a pas exempté le sein et son lait.

2.1 Louis Pasteur et Henri Nestlé

Ces deux chercheurs ont travaillé sur des causes nobles qui ont eu des bienfaits gigantesques pour l’ensemble de la société et la santé publique. Cependant, parce que leurs découvertes étaient également symboles de modernité, elles furent utilisées sur des sujets qui n’en avaient point besoin.

2.1.1 Un lait complet « idéal » pour le développement

Henri Nestlé, pharmacien de formation, concocta la première préparation lactée pour nourrisson, à base de lait, de sucre et de farine de blé. Cette préparation portait le nom « Farine Lactée Henri Nestlé ». Elle fût récompensée d’une médaille d’or à l’Exposition universelle de Paris, en 1872. Cette distinction assura le succès de ce produit en Occident. Henri Nestlé cite : « La base de ma farine lactée est le bon lait suisse, concentré moyennant une pompe pneumatique, à basse température, qui lui garde toute la fraîcheur du lait chaud. Le pain est cuit d’après une nouvelle méthode de mon invention et mélangé dans des proportions scientifiquement justes, pour former une nourriture qui ne laisse plus rien à désirer ». Il poursuit ainsi : «Ma découverte aura un immense avenir car il n’existe pas un aliment qui puisse se comparer à ma farine alimentaire » .
Même si Henri Nestlé conseillait l’allaitement maternel durant les premiers mois si la mère le pouvait, la commercialisation et la publicité de sa farine révolutionnaire inspirèrent aux mères une toute nouvelle façon de nourrir leur bébé. Soucieux de la qualité de son produit, il sollicita sans relâche l’avis des médecins car il avait comme obsession de donner un appui scientifique à son entreprise. C’est ainsi qu’en 1873, Nestlé vendit plus de 500 000 boîtes de sa farine lactée dans plus de 16 pays. Ce n’était que le début de la mondialisation de la marque et bientôt de ses concurrents.

2.1.2 Le lait animal maintenant viable

Jusqu’au 18ième siècle, le lait animal en remplacement du lait humain était considéré comme une solution de pauvres et méprisé des classes sociales aisées. En effet, il était utilisé pour celles qui ne pouvaient allaiter et ne pouvant mettre leur enfant sous nourrice. Le taux de survie de ces bébés était très faible et la mortalité infantile qu’il entrainait faisait craindre la santé publique.
Lorsque Louis Pasteur découvrit le processus de la pasteurisation, ce fût une révolution pour ce type de consommation. Le lait animal et les biberons étaient désormais stérilisés et constituait beaucoup moins de risques pour la santé humaine . Cependant, même si le lait animal était désormais plus sécuritaire, il n’en était pas mieux adapté au développement du bébé et du bambin.

2.2 Tactiques des compagnies

Dès les années 1900, une véritable propagande fût lancée par les médecins américains. Hors de tout doute, ils étaient en faveur d’une maternité complètement « scientifiée », entièrement contrôlée par eux. L’accouchement se faisait sous anesthésie générale en hôpital et l’allaitement au biberon était vanté comme plus régulier et hygiénique que le sein. Le marketing adopta entièrement cette ligne de pensée.

2.2.1 Opération charme

Avec le recul, il est étonnant de constater que ces pratiques extrêmes obtinrent une faveur inconditionnelle de la population. Ce sont les effets de la nouveauté et du progrès moderne, alliés à un conditionnement des autorités médicales qui permirent cette nouvelle obstétrique et cette nouvelle puériculture de prendre place dangereusement. Les publicités eurent aussi leur succès.
En effet, très charmeuses, elles mettaient en vedette des bébés en santé, bien ronds et intelligents. Rapidement, le biberon et les préparations lactées furent symboles d’aisance monétaire et tous aspiraient à en faire la démonstration.

2.2.2 Persuasion et pots de vin pour les médecins

Les médecins ont passé de juteux accords avec les firmes d’aliments pour bébé (Glaxo, Lactogen, Nestlé), dont les offensives publicitaires étaient à l’époque très agressives : ils affirmaient que les préparations pour bébés étaient aussi bonnes que le lait maternel et qu’elles présentaient des avantages que l’allaitement ne possédait point.
De plus, les compagnies n’hésitaient guère à distribuer échantillons et brochures dans tous les hôpitaux et cliniques. Aujourd’hui, quoique ces manœuvres ne soient plus légales, des échantillons et publicités avantageuses sont envoyés au domicile des femmes enceintes ou ayant récemment accouché.

3.0 LE BIBERON CONSIDÉRÉ COMME OUTIL DE LIBÉRATION

Comme le souligne Elizabeth Badinter, « Le biberon a été un objet moteur de l’égalité des sexes à l’intérieur des familles ». En effet, comme il peut être donné par ‘’n’importe qui’’, cela permet à la mère de n’être plus indispensable pour l’alimentation de son jeune bébé. Le biberon est donc devenu un symbole d’innovation servant parfaitement à la cause égalitaire du féminisme.

3.1 L’influence du mouvement féministe

Le féminisme eut une influence majeure auprès des mères des décennies allant des années 40 jusqu’aux années 80. C’est d’ailleurs après la deuxième guerre mondiale que l’allaitement connût une baisse très significative. Le féminisme est depuis un sujet fort épineux en matière d’allaitement. En effet, depuis longtemps, deux courants contradictoires se font bataille.

3.1.1 Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir

De un, le mouvement « Deuxième sexe », directement inspiré de Simone De Beauvoir: Ces féministes franches et radicales ont jugés et jugent la maternité, et encore plus l’allaitement, comme aliénants. À partir des années 50, elles ont été de plus en plus nombreuses, jusqu’à atteindre la majorité, et à s’exclamer que la maternité est synonyme d’esclavage. Elles ont exigées le droit à la contraception et à l’avortement, et le biberon était selon elles un outil inestimable pour « libérer » la femme. Marielle Issartel dans Mémoires lactées, Autrement, 1994 s’exprime ainsi :
« Je fais partie des générations de femmes interdites de maternage. Mes amies de jeunesse entachaient de défiance leur lien avec leur enfant dès avant sa naissance. Crèche à trois semaines sans nécessité, dressage à la débrouille dès les premiers mois, honte des bouffées de compassion et, systématique ou presque : le refus d’allaiter. »

3.1.2 Le mouvement de la différence féminine

De deux, signalons l’existence plutôt réconfortante d’un courant féministe valorisant l’allaitement au sein maternel, appelé « fémelléité ». Ces féministes, n’ayant pas honte des différences de la femme, les considèrent plutôt comme des atouts. Elles revendiquent la réappropriation de la maternité et de l’acte de création/procréation. Elles prônent également l’allaitement en tant qu’une réelle appropriation du corps par la femme. Ce courant a été nommé par la féministe Colette Chiland.

4.0 L’AVÉNEMENT DES FEMMES SUR LE MARCHÉ DU TRAVAIL

La décennie 70 a marqué un changement important dans la dynamique famille – travail. Les femmes sont devenues de plus en plus nombreuses à délaisser le travail domestique pour se joindre aux hommes, sur le marché du travail. Les femmes passèrent de la sphère privée à la sphère publique, causant un effet sociétal important.
Il est nécessaire de souligner que sans les avancées du biberon et des préparations lactées, beaucoup moins de mères n’auraient pu accéder à un emploi stimulant nécessitant des quarts régulier à temps plein. Du moins, le temps de leur allaitement.
Même s’il est tout à fait possible d’allaiter tout en occupant un emploi à temps plein, cela nécessite rigueur et effort décuplés, que plusieurs n’étaient pas prêtes à déployer. De plus, peu de ressources pour appuyer l’allaitement durant l’occupation d’un emploi étaient disponibles.

4.1 La mère délaisse le foyer

En quittant le foyer quotidiennement pour s’occuper de responsabilités professionnelles, les mères ont dû laisser leurs enfants aux soins d’éducatrices ou d’autres membres de la famille. Absente durant une moyenne de 8 heures, 5 jours sur 7, la mère n’est plus la seule responsable de l’alimentation du jeune enfant. De ce fait, elle ne peut offrir le sein alors qu’elle se trouve à plusieurs kilomètres de sa progéniture.
C’est pourquoi le biberon, contenant soit du lait maternel ou de la préparation lactée, fût utilisé. Cependant, quoique cette solution de rechange soit facile, elle n’a pas été sans conséquence pour la continuité de l’allaitement.

4.1.1 Mère absente : allaitement difficile

En effet, l’intégration des biberons créé une confusion chez les jeunes bébés. L’effort pour obtenir le lait est moindre, le débit est plus rapide et régulier. Pour ces raisons, beaucoup de bébés vont rapidement préférer ces avantages et vont s’impatienter lorsque la mère revient au domicile. De plus, lorsque la mère passe plusieurs heures, et ce quotidiennement, sans que ses seins soient stimulés, la production de lait se tarit tranquillement. L’allaitement devient donc de plus en plus difficile, et l’offre du biberon de plus en plus appréciée.

4.1.2 Les effets de la garderie sur l’allaitement

L’allaitement est un excellent moyen pour établir un lien d’attachement solide entre la mère et son enfant. Le sein est la principale source de réconfort d’un bébé. Lorsque la mère est absente, le bébé doit trouver le réconfort avec un objet ou une autre personne que sa mère. Cela ne se fait pas toujours facilement et c’est pourquoi plusieurs conseillaient de cesser l’allaitement lorsque l’enfant devait faire son intégration à la garderie.
Cela n’est pas une solution convenable, mais c’est malheureusement ce qui fût véhiculé par la pensée populaire. Cette pensée est encore très présente de nos jours, quoique qu’elle tende à s’amoindrir grâce aux plusieurs sources d’informations en faveur de l’allaitement.

4.2 L’allaitement au travail

Le congé maternité varie d’un pays à l’autre. Il est de 3 mois en France et d’un an au Québec. Il était autrefois de la même durée que celui des Françaises. Compte tenu de la forte popularité de l’utilisation du biberon, pendant les décennies des années 50 jusqu’à 1990, les mères ont peu réclamé de temps pour allaiter leur bébé, lorsqu’elles se trouvaient sur leur lieu de travail.

4.2.1 Le droit à l’allaitement non reconnu

C’est pourquoi les lois facilitant l’allaitement au travail ont fait figures de fantômes pendant longtemps. Les employeurs y ont été très peu conscientisés, et ils sont depuis très réticents à établir des conditions favorisant l’allaitement. Cette problématique est encore très présente de nos jours.
L’alimentation au sein maternel semble depuis toujours incompatible avec les exigences des sociétés industrialisées. Une seule loi aborde le thème de l’allaitement, permettant à la mère de s’absenter pour une double période de 30 minutes durant son quart de travail. Cependant, n’est réaliste que si le lieu de garde est à proximité du lieu de travail et que les heures de repas à la garderie correspondent à des périodes ou la mère peut s’absenter du travail, sans affecter la qualité de celui-ci. De plus, cette heure est non-rémunérée.

4.2.2 Absence de législation pour l’allaitement au travail

Nul doute que l’absence d’une législation complète et réaliste sur l’allaitement au travail a affecté la durée de l’allaitement de l’ensemble des mères employées. Si les employeurs et gouvernements avaient depuis longtemps établis des conditions de travail souples, comme un retour au travail progressif, des horaires flexibles, des pauses-allaitement, des garderies en milieu de travail, ainsi que d’autres mesures s’adaptant autant à la mère qu’à l’employeur, l’allaitement ne prendrait pas fin abruptement dès le retour au travail. Les féministes ont-elles omis cette bataille?

De nos jours, ceux qui ignorent l’histoire de l’allaitement attribuent le regain de celui-ci à un simple effet de mode. En le simplifiant ainsi, l’allaitement devient de moindre importance, une sorte de lubie naturaliste. Cette croyance reflète l’ignorance de nos origines et du peu d’égards que l’être contemporain a pour son passé. L’allaitement n’est pas une coutume, ni un élément folklorique, bien que l’aisance de sa pratique se soit transmise ainsi. L’allaitement est une activité normale du corps humain, une fonction biologique au service de la mère et du bébé. Le lait maternel n’est pas simplement supérieur au lait artificiel. Il est l’alimentation naturellement conçue par les processus complexes de la biologie humaine, qui ne pourront jamais être égalé par le savoir de l’Homme.
L’histoire de l’allaitement et de son déclin, à l’heure de l’industrialisation, est une manifestation supplémentaire de la maladresse qu’a l’homme de vouloir contrôler et surpasser la nature. Notre société Occidentale sera-t-elle suffisamment perspicace pour ne plus laisser les idéologies ternir ses origines les plus fondamentales?

L’amour et pourquoi je me tiens loin des parades

Il y a plusieurs années que je m’insurge de l’impact psychologique qu’ont les médias sur les conceptions fondamentales qui influencent notre vie. Que ceux ci soient les outils d’une diffusion idéologique ou de sincères élans artistiques, la présence étourdissante de tous ces médias ne peut laisser indifférent aucun humain qui y est exposé. Et les effets de cette surreprésentation débutent très tôt, alors que les enfants ont la naïveté de croire tout ce qu’ils voient.

La beauté, l’amour et la liberté sont les valeurs qui reviennent constamment, comme si on avait peur de les oublier. On galvaude alors des sentiments intimement perceptibles en les transformants en un idéal à vivre. Si bien que l’on se questionne sur l’authenticité de nos sentiments, de nos perceptions. On les compare avec cette norme idéalisée à laquelle nous sommes depuis si longtemps exposé. Ces belles histoires d’amour passionné qui font pâmer, ces formules pour rester jeunes et excitants, ces belles femmes qui exposent des produits reflétant la richesse. Ou encore, cette assurance que l’on doit afficher, cet amour de la vie qui ne doit jamais nous quitter, cette ambition qui doit toujours nous motiver.

Deux médias sont particulièrement à blâmer: le cinéma et la publicité. Quoique ceux ci ont générés de purs bijoux utiles à la société, ce n’est malheureusement pas le cas de la majorité. La plupart du temps, ils sont plutôt générateurs de divertissement médiocre, inlassablement revisité, et qui s’infiltre dans notre cerveau pour le lobotomiser.

On ne voit plus de nos propres yeux, mais à travers des lunettes fréquemment réajustées. On ne ressent plus de notre propre coeur, mais à travers un stimulateur émotionnel. On ne veut plus de notre propre volonté, mais à travers les exigences sociales. Finalement, nous devenons des êtres génériques, dociles, peureux…

Parce que tout cela provient de la peur…la peur de la mort et de ne pas vivre la vie comme on fût amené à croire qu’elle devait être vécue.

Même si je suis consciente de tout cela, je dois, dans mon for intérieur, anéantir les conflits que crée ce clivage, et ce, tous les jours.

Le conditionnement est fort, très fort…

The secret of perfect relationships

The secret of perfect relationships

La problématique de l’articulation emploi-famille

Depuis l’avènement grandissant des femmes sur le marché du travail, les familles et les employeurs connaissent de nouvelles difficultés. Celles-ci se regroupent sous le terme de la « Conciliation Emploi-Famille » et donnent du fil à retordre aussi bien aux mères, aux pères, qu’aux employeurs, aux responsables des ressources humaines et aux représentants syndicaux. Alors que plusieurs mesures gouvernementales ont été instaurées, comme un congé maternité plus long et la mise en place de garderies subventionnées, la problématique demeure présente auprès de la majorité des familles et des organisations. La conciliation n’est pas simple, d’autant plus qu’elle repose sur l’unicité de milliers de cas, tous différents les uns des autres. Certains enjeux sont cependant communs à tous et c’est sur ceux-ci que les études et les recherches sont établies. Pour mieux les comprendre, il est important de parcourir l’historique des progrès qui se sont fait dans notre société vis-à-vis le rôle des genres et l’ouverture adoptée dans les organisations face aux demandes des employés ayant des enfants.

1.0 Les rôles des genres dans la famille et au travail, d’hier à aujourd’hui.

1.1 La place des femmes et la répartition du travail domestique.

La décennie 70 a marqué un changement important dans la dynamique famille – travail. Les femmes sont devenues de plus en plus nombreuses à délaisser le travail domestique pour se joindrent aux hommes, dans l’univers du marché du travail. Les femmes passèrent de la sphère privée à la sphère publique, entrainant avec elles, un effet sociétal important. Alors que le rapport pourvoyeur-ménagère semblait avoir instauré une stabilité auprès des familles, les besoins grandissants de notre société industrielle et consommatoire amenèrent les couples à devoir rentabiliser un double revenu afin de mieux répondre aux exigences de la qualité de vie.

De plus, la fin de l’emprise religieuse, le féminisme et les avancées technologiques en maîtrise de procréation permis aux femmes d’orienter leur vie autrement et de se réaliser sur le plan professionnel, selon leurs désirs. De façon cohérente, les taux de divorce et de monoparentalité devinrent croissants et obligèrent un plus grand nombre de femmes à obtenir un revenu autonome.

De nos jours, la majorité des foyers sont composés de parents occupant tous les deux un emploi. Entre 1976 et 2003, le taux d’emploi des femmes québécoises est passé de 41 % à 65 % (Institut de la statistique du Québec, 2001). Plus souvent que le père, la mère a un emploi à temps partiel sur des quarts non-standards.

1.2 La division sexuelle du travail.

D’ailleurs, l’occupation prépondérante des femmes aux emplois non standards s’inscrit dans la division sexuelle du travail. Ce sont les mères qui aménagent davantage leur temps de travail en fonction de leur famille. De plus, ce sont elles qui s’absenteront plus souvent du travail pour être présentes auprès des enfants en cas d’urgence ou de maladie. Comme le salaire attribué aux femmes est en majorité inférieur à celui des hommes, emploi semblable, les couples jugent moins pénalisant de réduire de quelques heures le travail à salaire moindre. Heureusement, le Canada, et surtout le Québec, se sont dotés d’un modèle de conciliation emploi-famille qui permet une certaine souplesse aux familles prises avec des problèmes organisationnels. L’aménagement des heures de travail, et même la réduction de celles-ci sont un phénomène plutôt courant dans les entreprises. Les employeurs sont de plus en plus conscientisés à la réalité des familles et la plupart ont compris que faire quelques compromis sur ce plan est gagnant à long-terme, principalement pour la satisfaction au travail qui entraîne une meilleure productivité et une fidélisation des employés envers l’entreprise. Cependant, une fois de plus, ce sont les mères qui se plieront à cet exercice d’organisation pour le bien-être de leur famille.

1.3 L’implication des pères.

Ce n’est pas que les pères sont de mauvaise foi, mais il est encore peu commun dans nos sociétés patriarcales que le père se voit occuper les tâches traditionnellement attribuées à la femme, c’est-à-dire, les soins familiaux. Ce n’est pas que peu commun, c’est également mal vu, de par ses collègues, pour un père, de quitter le travail en plein quart d’activité pour aller s’occuper de son enfant. L’ouverture d’esprit à cet égard tend par contre à s’élargir tranquillement, au fur et à mesure que les réalités changent et que les demandes conséquentes deviennent plus nombreuses. Cependant, dans certains secteurs d’emploi, la mentalité est beaucoup plus fermée à cet égard.

Comme les soins aux enfants et le travail domestique sont généralement attribués aux femmes, avec une aide relative des conjoints, c’est elles qui se disent davantage stressées par la conciliation emploi-famille. Afin d’améliorer l’implication des pères envers les enfants, il existe des façons simples pouvant être prises à la maison et qui sont directement liées à la relation conjugale;

– Augmenter la quantité de temps en présence directe avec l’enfant;
– Encourager le père à s’impliquer et le valoriser de façon active lorsqu’il s’occupe des enfants;
– Établir les règles d’éducation en couple;
– Et : Parler davantage d’enfants avec l’entourage et les collègues de travail pour stimuler les conversations liées aux soins familiaux.

Il est prouvé que plus un père se sent valorisé dans son rôle paternel, plus il aura tendance à s’investir davantage dans les soins liés au bien-être de ceux-ci. Ce qui, au bout du compte, tend à égaliser les responsabilités familiales des parents.

2.0 La reconnaissance mitigée de la problématique dans les organisations.

Bien que les difficultés d’articulation travail-famille soient ressenties de façon directe dans les familles, ce n’est pas toujours le cas dans les organisations. Un employé aura beaucoup de réticences à devoir négliger le travail parce qu’ils a également des responsabilités familiales. Il préférera accumuler les tâches jusqu’à vivre un stress important. À long terme, cette anxiété a des répercussions non négligeables sur la qualité de son travail, sur le lien d’attachement envers ses enfants, sur sa relation conjugale et sur son état de santé. Il est important que les organisations s’ajustent à la réalité des parents en établissant des mesures souples afin de faciliter la conciliation emploi-famille. Bien que certaines organisations aient bien compris les effets positifs de telles mesures, beaucoup d’autres tardent à ajuster leurs exigences. Avec la flexibilité, le juste-à-temps et un niveau de productivité en hausse constante sur le marché du travail, un employé peut rapidement se sentir dépassé. Ce sentiment se fait davantage ressentir chez ceux qui ont en plus des responsabilités familiales.

2.1 La problématique est reconnue mais non encore bien intégrée dans les modèles de gestion.

Les chercheurs en gestion ont bien compris cette problématique et c’est pourquoi depuis plusieurs années des organisations innovatrices en matière de conciliation font état de modèles à imiter. C’est le cas de plusieurs banques, qui sont des organisations de grandes tailles et qui ont un volume important de ressources humaines à gérer. Ces organisations ont implantés des mesures telles que; les horaires flexibles; les horaires sur mesure; des semaines de travail comprimées selon la volonté de l’employé; une réduction volontaire du temps de travail; le télétravail lorsqu’il est possible; la permission de congés pour des raisons familiales, des services de garde à l’enfance sur le lieu de travail; et des compléments de salaire et de congé à la naissance et l’adoption. Il est intéressant de souligner que même si ces mesures sont offertes aux hommes comme aux femmes, c’est celles-ci qui en profitent davantage.

Malheureusement, plusieurs entreprises qui ont comme priorité de produire au meilleur coût possible n’accorderont pas, ou peu, de telles mesures de conciliation. Les difficultés sont alors grandes pour ceux qui tentent d’articuler leurs responsabilités. De plus, les philosophies de gestion sont pour la plupart en retard sur la réalité contemporaine. Les modèles de gestion en place s’adaptent bien aux exigences du marché du travail mais négligent les exigences de leurs employés. C’est pourquoi le secteur des services publics offre de meilleures conditions de travail et de conciliation à leurs employés. Ceux-ci travaillent généralement 35 heures par semaine comparativement à 50 heures hebdomadaires pour les employés œuvrant dans le secteur du commerce.

Les entreprises qui sont dotées d’un syndicat ont habituellement de meilleures performances d’un point de vue conciliation emploi-famille. Plus un syndicat accorde de l’importance à la conciliation, plus les dirigeants en accordent aussi, et ils s’influencent mutuellement quant à la philosophie de gestion.

2.2 Les effets négatifs sur les organisations et les familles.

La non-reconnaissance de la problématique conciliation emploi-famille dans une organisation peut avoir des effets négatifs autant pour celle-ci que pour les familles. En effet, l’absence de mesures facilitant l’articulation emploi-famille peut entraîner un absentéisme élevé, un roulement d’employés non-désiré, des retards fréquents, une faible productivité et un stress important chez les employés concernés. Par contre, lorsque des mesures pertinentes de conciliation sont implantées dans une organisation, celle-ci peut connaître un meilleur rendement des employés, une implication intensifiée, une identification plus grande des employés envers l’entreprise, une plus grande satisfaction des clients, une réduction des accidents de travail et des retards et finalement, de l’absentéisme diminué.

Plus précisément, les impacts sur le milieu de travail se traduisent ainsi :
– La méta-analyse de Allen et coll., (2000) démontre que les employés qui vivent des problèmes de conciliation travail-famille songent davantage à changer d’emploi et sont plus susceptibles de vivre de l’épuisement professionnel.
– La conciliation travail-famille est aussi reliée à un rendement professionnel inférieur, à une augmentation de l’absentéisme, à un roulement élevé du personnel et à une perte de motivation (Duxbury et Higgins, 1998).
– L’insatisfaction professionnelle des employés entraîne des coûts supplémentaires pour les employeurs et pour le système de santé, car elle est associée à un absentéisme accru, à un roulement du personnel et aux problèmes de santé des travailleurs. Les employés satisfaits de leur emploi vivent plus longtemps et sont moins susceptibles d’être malades (Robbins, 1993 dans Duxbury et Higgins, 1999).
– Des chercheurs ont estimé que les jours d’absence au travail des employés qui vivent des difficultés de conciliation entre leur vie professionnelle et leur vie personnelle ont représenté des coûts de 2,7 milliards de dollars pour les entreprises canadiennes en 1997. (Cooper et coll., 1996; Levi et Lunde-Jensen, 1996 dans Duxbury et Higgins, 1999).

Du point de vue des individus, les impacts sur la santé physique, psychologique et familiale de ceux-ci sont très révélateurs de l’importance de la problématique. Les impacts principaux ressentis chez les individus sont;

– l’impression de manquer de temps :
Cette réalité est particulièrement vraie pour les parents et les mères monoparentales, âgés de 25 à 44 ans, qui occupent un emploi à temps complet. Précisément, 26 % des pères et 38 % des mères, qu’ils ou qu’elles soient en couple ou en situation de monoparentalité, affirment souffrir du stress qu’induit le manque de temps. (Statistique Canada, 1999)

– L’insatisfaction face à la vie en général et à la vie familiale :
Selon la méta-analyse de Kossek et Ozeki (1998), les personnes qui ressentent un degré élevé de conflit travail-famille ont tendance à être moins satisfaites de leur emploi et de leur vie en général. La difficulté à concilier vie familiale et vie professionnelle amène également une insatisfaction face aux activités de loisir (Rice, Frone et Mc Farlin, 1992).

– Des conséquences sur la vie conjugale :
Un degré élevé de tension entre la vie familiale et les responsabilités professionnelles diminue l’entente conjugale. La longue liste d’activités et de préoccupations quotidiennes peut susciter, chez certaines personnes, des sentiments d’anxiété et de surcharge qui vont se traduire par des comportements de retrait dans la vie de couple. Ces personnes se sentent tellement sollicitées dans différentes sphères de leur vie, qu’elles ne peuvent répondre aux demandes de la vie conjugale. D’autres vont réagir aux conflits famille-travail/travail-famille par un état dépressif qui induit des comportements colériques envers le partenaire (Mac Ewen et Barling, 1994).

– Qualité amoindrie de la relation des parents / enfant / adolescent :
Il semble que ce soit les conditions de travail des deux parents qui ont un impact sur le comportement des enfants. Les recherches de Stewart et Barling (1996) ont établi des liens entre le stress que les parents vivent au travail, leur sentiment de surcharge et la qualité de leur relation avec leurs préadolescents et leurs adolescents, et sur les comportements et le bien-être de ces derniers. Les mères qui sont confrontées à un travail stressant et qui se sentent débordées par leurs multiples tâches auraient une attitude moins chaleureuse envers leurs adolescents alors que les pères qui se retrouvent dans la même situation présenteraient eux aussi une attitude moins chaleureuse et seraient plus enclins à développer des interactions conflictuelles avec ces derniers. Galambos, Sears, Akmeida et Koleric (1995) ont d’ailleurs constaté que les conflits entre parents et adolescents sont plus importants dans les familles où le père et la mère vivent du stress. Les adolescents qui évoluent dans un tel contexte auraient une estime de soi moins élevée et présenteraient davantage de problèmes de comportement variant du fait de « chercher le trouble » à « voler des objets entre 2 et 50 $ », ils auraient plus tendance à fréquenter des amis qui ont des problèmes de comportements (Crouter, Bumpus, Maguire et McHale, 1999; Galambos et coll., 1995)

Ces nombreuses études tant sur le plan familial que professionnel démontrent clairement les avantages qu’ont les entreprises à développer et instaurer des mesures facilitants la conciliation emploi-famille. Les impacts d’une mauvaise articulation se répercutent collectivement.

2.3 Plusieurs mesures et ententes tardent à être implantées.

En matière de conciliation emploi-famille, le gouvernement joue un rôle de facilitateur. Ce sont aux gestionnaires d’entreprises d’aller de l’avant dans l’implantation des mesures conciliant les acteurs de cet enjeu. Quoique la conciliation soit de plus en plus une priorité pour les PME, certaines tardent à s’intéresser à la problématique, surtout dans les secteurs primaires et secondaires. Les jeux du marché du travail forment leur suprématie et peu d’égard est accordé à la satisfaction de leur main-d’œuvre. Les vieux modèles de gestion y dominent encore et les dirigeants semblent frileux à l’idée de changements concrets dans leur organisation.

2.4 Les modèles de gestion et la condition des femmes.

De plus, ce sont aussi ces vieux modèles de gestions qui entretiennent la division sexuelle du travail. Les femmes en subissent les conséquences. Les conditions et les principales caractéristiques des emplois occupés par celles-ci n’ont pas réellement progressées. Pendant plusieurs décennies, les employeurs ont eu tendance à n’embaucher que des femmes célibataires et à réserver les meilleurs salaires aux travailleurs masculins, considérés comme soutien à la famille. Même si les choses ont changés au fil des ans et que plus d’une femme mariée sur deux est aujourd’hui active sur le marché du travail, il n’en reste pas moins que les valeurs sociales n’ont pas également évoluées. Les emplois à temps partiel et les horaires atypiques leur sont plus souvent réservés, alors que les emplois réguliers à horaire fixe sont attribués plus souvent aux hommes. Ce qui est ironique du point de vue de la conciliation emploi-famille, considérant que ce sont les femmes qui accordent davantage de temps aux soins familiaux et aux tâches domestiques.

2.5 De plus en plus d’horaires flexibles et d’emplois non-standards.

Les exigences du marché du travail entraînent avec elles un déclin des horaires de travail typiques, communément appelés le « 9 à 5 ». Depuis quelques décennies, les quarts de travail sont souvent de soir, de nuit, en rotation et même divisés. Ces emplois atypiques sont en plus grand nombre dans les secteurs occupés majoritairement par les femmes, c’est-à-dire dans les secteurs de la santé, de la restauration et du commerce. La flexibilité de ces horaires est davantage accommodante pour les entreprises que pour les employés. En apparence, ces horaires atypiques peuvent laisser croire qu’ils facilitent la conciliation emploi-famille. C’est effectivement le cas pour plusieurs foyers qui voient certains avantages à ce que la mère occupe un travail à temps partiel ou à horaire variable. Cependant, ces horaires entraînent une plus grande difficulté pour la majorité des familles car ces horaires sont plus souvent imposés que sous la volonté de l’employé. D’ailleurs, ces types d’emplois peuvent également avoir pour effet une discrimination envers les femmes.

Conclusion

La problématique de l’articulation emploi-famille affecte plusieurs sphères de la vie, aussi bien celles des parents que celles des enfants. Les réticences des dirigeants à établir des mesures concrètes afin d’améliorer la réalité de leurs employés affaiblit la collectivité et même l’économie. La division sexuelle du travail continue d’être une cause importante à l’état de la situation. Ce n’est donc pas que les modèles de gestion qui doivent changer mais également les mœurs de nos sociétés patriarcales. Le gouvernement du Québec a mis sur pieds plusieurs mesures pertinentes afin de permettre aux parents de passer plus de temps avec leur progéniture. Espérons que ces mesures auront un effet d’entrain envers les entreprises et que celles-ci travailleront dans le même sens car beaucoup de progrès reste à faire pour prétendre que notre société travailliste donne les outils nécessaires afin de répondre à ses propres exigences quant à la productivité de la main–d’œuvre.